« Éthique de la considération »

La philosophe Corinne Pelluchon vient de publier un nouvel ouvrage aux éditions du Seuil. Dans cet essai, elle interroge  : « Pourquoi avons-nous tant de mal à changer nos styles de vie alors que plus personne ne peut nier que notre modèle de développement a un impact destructeur sur le plan écologique et social ni douter de l’intensité des violences infligées aux animaux ? ». Pour relever le défi de ce questionnement, elle quitte le terrain de l’argumentation rationnelle et prône une « éthique de la considération », seule capable de répondre aux enjeux majeurs de notre monde, les injonctions morales et les règlementations juridiques et économiques n’y suffisant pas. Il faut encourager « les vertus », affirme-t-elle, à savoir les manières d’être qui peuvent générer une vie bonne. Dans un dialogue avec  Platon, Spinoza, Descartes… mais aussi Arne Naess, l’écopsychologie et l’écoféminisme, la philosophe mène une réflexion qui redonne place centrale au corps ainsi qu’au caractère relationnel de l’être. Elle prend en considération la vulnérabilité de la personne en s’intéressant aux motivations profondes qui la poussent à agir.
A l’opposé de l’apologie d’un sujet tout-puissant, l’homo œconomicus, Corine Pelluchon met au premier plan l’humilité. C’est seulement en ayant des égards pour tout ce qui échappe à notre maîtrise (souffrance, handicap, fatigue, vieillissement, mort…) que l’on pourra repenser un nouveau contrat social, accepter l’altérité animale et construire une société plus saine sur le plan écologique.

L’éthique de la considération est inséparable de la reconnaissance de notre vulnérabilité, qui est la marque de notre fragilité, mais aussi ce qui nous rend aptes à nous sentir concernés par les autres, voire à souffrir pour eux.

En me référant au philosophe écologiste Arne Næss, j’essaye de montrer comment on peut interpréter ce mouvement d’élargissement du moi et comprendre le sens d’une philosophie qui relie une sagesse de l’habitation de la Terre et des aspirations n’ayant rien à voir avec ceux de l’homo œconomicus.

La considération est l’attitude globale sur laquelle se fondent les vertus. Elle résulte d’un processus d’individuation, l’individu intègre dans son bien propre le monde commun, lequel englobe les générations passées, présentes et futures, les animaux, le patrimoine naturel et culturel. En approfondissant la connaissance de moi-même comme d’un être charnel, la conscience de mon appartenance au monde commun et de ce qui m’unit aux autres vivants devient un savoir vécu. Ma manière de percevoir le monde et les autres change. Naît le désir de transmettre un monde habitable. La considération est liée à la transdescendance qui désigne cette expérience m’ouvrant à l’incommensurable identifié au monde commun lequel m’accueille à ma naissance et survivra à ma mort individuelle. Les trois dimensions du vivre, « vivre de », « vivre avec » et « vivre pour », fusionnent.

Nous vous recommandons vivement la lecture de cet ouvrage. Il est possible aussi d’écouter Corine Pelluchon sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/le-principe-de-consideration-de-corine-pelluchon

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