Notre dernière newsletter

« La prévisible imprévisibilité est arrivée », tweetait récemment Edgar Morin.
C’est en effet dans un contexte bien particulier que nous vous envoyons cette newsletter aujourd’hui. Un virus, organisme de taille microscopique, est venu interpeler le monde. Il nous oblige au retrait, à la pause, à la prise de recul, à la réflexion, à l’appréciation de ce qui fait vie, à la compréhension de ce qui la protège et de ce qui la menace.
En quelque sorte, ce coronavirus nous envoie un coup de semonce, histoire de nous rappeler à quel point nous sommes irrévocablement interdépendants.
Certes, notre crise sanitaire n’est pas unique. Depuis le Néolithique, les humains en ont traversé plusieurs, la concentration des populations et la proximité des animaux destinés à l’élevage d’abord, la multiplication des échanges ensuite ayant favorisé l’apparition de nouvelles maladies contagieuses. Celle que nous vivons aujourd’hui, d’une rapidité sans précédent en raison de l’incroyable augmentation des échanges internationaux, semble ni plus ni moins virer à « la catastrophe politique, sociale, économique, à une échelle planétaire » (Frederic Keck). Elle nous oblige à mesurer les failles de notre système et à revoir nos choix de vie.
Sans être exhaustifs, énumérons quelques points essentiels que soulèvent les faits relatifs à cette pandémie.

– La nécessité d’apporter une attention particulière au traitement des animaux.
Le Covid-19 est une zoonose, une maladie transmise par un animal. Mais lequel ? Dans l’état actuel des recherches, il semble qu’il s’agisse de la chauve-souris, d’autant que la déforestation et l’extension des habitats humains ont favorisé son rapprochement des zones urbaines. Sans doute le virus est-il passé par une autre espèce pour pouvoir nous être transmis. Aux dernières nouvelles, le pangolin pourrait être cet hôte intermédiaire. Espèce sauvage la plus braconnée du monde, l’animal était vendu sur le marché de Wuhan en Chine. Ces données montre à l’évidence que la pression exercée par les êtres humains sur la biodiversité favorise l’émergence des zoonoses.
Ainsi, « ce sont des contacts animaux sauvages-hommes qui sont à l’origine de cette transmission », déclare le professeur Fontanet. Sans ambages, il conclut : « il faudrait laisser les animaux sauvages où ils sont. » https://www.rtbf.be/info/monde/detail_coronavirus-entre-la-chauve-souris-et-l-homme-un-animal-intermediaire?id=10427051

Les problèmes écologiques sont décidément à prendre au sérieux.
On le sait, la pollution atmosphérique est nocive pour notre santé. Selon une étude, elle aurait été un vecteur important de la propagation du virus en Italie. (https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-pollution-air-autoroute-coronavirus-80173/)

Un autre modèle de société est à inventer, basé non plus sur le profit mais sur le soin de ce qui fait vie.
Laisser, au cours des décennies, se délabrer les conditions de travail dans les services hospitaliers, supprimer des postes, réduire le nombre de lits, ne pas se soucier de l’approvisionnement de masques, de gels désinfectants et de tests alors que le risque de pandémie est connu… le tout pour des raisons financières, autant de manquements n’ont fait qu’aggraver la crise sanitaire actuelle.

–  Le soin de ce qui fait vie nous demande de chambouler la « hiérarchie » sociale des métiers.
Alors que des vedettes du football gagnent des sommes astronomiques, les personnes qui sont aujourd’hui sur le front – personnel médical, aides à domicile, soignants dans les EHPAD, caissières, fournisseurs de denrées alimentaires, livreurs… – ont des revenus plus que modestes et des conditions de travail pas toujours facilitées. « Soudainement, déclare Dominique Méda,  les titulaires des métiers les mieux payés nous apparaissent bien inutiles et leur rémunération exorbitante…  L’enseignement est clair. Aujourd’hui, les métiers essentiels sont ceux qui nous permettent de continuer à vivre. »  https://www.pourleco.com/ca-clashe/debat-des-economistes/dominique-meda-la-crise-du-covid-19-nous-oblige-reevaluer-lutilite

Une nouvelle forme de mondialisation est à inventer, basée non plus sur la concurrence économique mais sur le souci des humains.
Le Covid-19 vient révéler les failles d’une mondialisation néolibérale délétère. La course à la baisse des coûts de production a entraîné la délocalisation des tâches, au profit des multinationales. Cet impératif financier a détruit des secteurs entiers de nos industries, entraînant son lot de difficultés sociales. Mais il a une autre conséquence que la crise sanitaire actuelle fait apparaître : pour obtenir certains produits, dont les précieux médicaments, nous dépendons de leur fabrication à l’autre bout de la planète ! Ainsi, « 60% de la production mondiale de paracétamol, 90% de la production mondiale de pénicilline et 50% de celle de l’ibuprofène sont réalisées par la Chine ».  Cf. Léo Charles, « Le Covid-19, révélateur des contradictions de la mondialisation », http://atterres.org/sites/default/files/Note%20EA%20Covid19%20N%C3%A9olib%C3%A9ralisme.pdf
Comme l’affirme Jacques Crahay, président de l’Union Wallone des Entreprises, en train de révolutionner son milieu par sa dénonciation de la course à la croissance économique, « nous devons d’urgence changer le cerveau de notre économie ». http://www.imagine-magazine.com/pdf/135_JacquesCrahay.pdf

– Le soin d’autrui devrait être au cœur de nos préoccupations.
Alors que le confinement est prescrit pour tenter d’enrayer l’afflux des malades dans les services d’urgences, nombreuses sont encore les scènes de rencontres à plusieurs dans les parcs, les rues, le long des berges… Alors qu’il se durcit, des centaines de citadins, tels de nouveaux migrants, font leurs valises pour rejoindre leurs maisons de vacances dans des territoires ruraux, pauvres en  équipements médicaux. Les tendances individualistes, favorisées par la société moderne, apparaissent sous leur jour défavorable.

S’il est pour finir un seul mot que nous avons à retenir de cette crise, ne serait-ce pas celui de respect ? Respect d’autrui, de ceux qui sont fragiles et démunis, respect des espaces sauvages et de leurs habitants, respect de ceux qui prennent soin, respect de la vie qui décidément n’a pas de prix.

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